Les questions du mois (Avril 2008)
Désormais, je répondrai ici aux questions posées à l’adresse email confidentielle mise à votre disposition.
« Est-ce différent des autres musiques symphoniques de composer pour un opéra ,»
Oui ; la voix est aussi un instrument, mais c’est le seul qui transmette un vrai message et pas seulement une émotion. J’ai été chanteur lyrique dans une précédente vie, ce qui me facilite un peu les choses.
Un opéra ne me semble pas être seulement une œuvre symphonique avec une partie chantée ajoutée. Je construis l’opéra autour du texte chanté, de la sonorité de la langue, du rythme naturel des syllabes et des mots, de l’intention exprimée par la phrase, etc. Le livret est donc la colonne vertébrale de l’ensemble ; la musique, c'est-à-dire l’essentiel, c’est tout le reste; elle donne vie à la parole, et rend vraisemblable un rythme d’élocution forcément différent de la voix parlée. Les impératifs sont toujours les mêmes : il faut respecter les chanteurs et leurs tessitures ; l’écriture de la ligne mélodique doit leur permettre de respirer naturellement. Ils doivent aussi pouvoir chanter sans obligation d’émettre le volume sonore d’un Boeing 747 au décollage !
« Dans quel style musical écrivez-vous ? »
Mon écriture est post- romantique, mais ne s’interdit aucune autre approche en fonction des besoins d’une scène. Je me sens en cela très proche du compositeur danois Rued Langgaard.
« Pourrons-nous en écouter un jour des extraits ? Quand l’opéra sera il achevé ?»
Oui : vous vous pourrez écouter des extraits du prélude dès le mois prochain C’est un peu inhabituel, non ? : enregistrer un opéra en cours d’écriture ! La fin ? Je l’ignore. Fin 2008 ? 2009 ? C’est un énorme travail auquel j’essaye de consacrer environ 35 heures chaque semaine. Mais je travaille déjà le futur enregistrement ; je dois chercher des interprètes et écrire pour vous cette chronique.
Chronique mensuelle d’une écriture
J’ai débuté le 9 Janvier (mais ces dernières semaines ont été consacrées aux autres tâches citées). Au début, j’écrivais assez vite et je m’imaginais volontiers avoir terminé pour l’été ! C’était évidemment impossible. Le nécessaire recul sur l’écriture passée et future ont modéré mon enthousiasme. Pourquoi être pressé d’ailleurs ? Cette écriture au « long cours » se révèle être une joie inouïe, supérieure à celle que je connais lorsque j’écris une pièce symphonique.
Quelques surprises pimentent le tout. La première, c’est la durée totale possible de l’œuvre. En comparant mon Livret à quelques autres, ma première estimation était : une heure et demi (deux actes). Le plus souvent, c’est autour de deux heures (compte non tenu des œuvres de Wagner ou de Chostakovitch). Une simulation récente plus précise donne maintenant une durée possible de 2 heures 45 (dont une heure 45 pour le second acte). !
Je vais donc raccourcir ce texte qui manque d’équilibre, sans rien changer d’essentiel, naturellement.
La seconde surprise a été de m’apercevoir que l’écriture musicale d’un personnage pouvait modifier la façon dont je le comprenais ! Après deux scènes écrites, je découvre que Padre Pio et l’Homme en Noir sont plus complémentaires que je ne le ressentais. Comme si l’un était tout ce que l’autre rêvait secrètement d’être et que la musique le traduise. L’écriture d’un opéra tiendrait elle lieu de catharsis ?
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